"L'insoutenable légèreté de l'être" est mon premier Kundera.

J'ai cru que j'avais commis un blasphème quand je l'ai avoué à mes amis qui vouent presque un culte à cet auteur. J'ai décidé de remédier à ce manquement et sous leurs recommandations, j'ai acheté "L'insoutenable légèreté de l'être" ; l'un des meilleurs selon l'avis d'une amie. Ce n'est pas le premier roman écrit par Milan Kundera ; mais c'est une bonne entrée en matière. 

Le titre est aussi intriguant que poétique et m'a tout de suite donné envie d'ouvrir le livre. La quatrième de couverture peut laisser pantois :

 

"Qu'est-il resté des agonisants du Cambodge ? Une grande photo de la star américaine tenant dans ses bras un enfant jaune. Qu'est-il resté de Tomas ? Une inscription : Il voulait le Royaume de Dieu sur la terre. Qu'est-il resté de Beethoven ? Un homme morose à l'invraisemblable crinière, qui prononce d'une voix sombre : "Es muss sein ! " Qu'est-il resté de Franz ? Une inscription : Après un long égarement, le retour. Et ainsi de suite, et ainsi de suite. Avant d'être oubliés, nous serons changés en kitsch. Le kitsch, c'est la station de correspondance entre l'être et l'oubli."

 

 Mais dès les premières pages, j'ai su que j'allai adorer. 

L'auteur et narrateur nous confie, nous peint le portrait de plusieurs personnages dont les vies sont mêlées et entremêlées à celles de Tomas et Tereza, les deux personnages principaux. L'on découvre leur personnalité, leur passé, leur rencontre sous fond du Prague des années 50. La Guerre Froide fait rage, les souvenirs de la Seconde Guerre mondiale sont encore gravés dans les mémoires et le communisme tente de s'implanter dans cette Europe de l'Est qui en a pourtant peur. 

Les conflits entre Tchétchènes et Russes les obligent par exemple à fuir en Suisse.

 

Mais le plus fascinant, ce sont bien les personnages : le regard qu'ils portent sur eux-mêmes, les autres, le monde. Tantôt ironique (l'analyse du kitsch en est la manifestation même), tantôt tendre, Kundera trace le portrait psychologique de ses attachantes créatures.

Critique mais bienveillant, il les passe au crible mais les comprend, épaulé par des références philosophiques telles que l’Éternel retour de Nietzsche, l'étrange union de l'âme et du corps de Descartes, l'hermaphrodite du Banquet, les forces positives et négatives de Parménide ...

M. Kundera aborde le désir, la fidélité, les insatisfactions, les illusions et désillusions humaines.

 

Tomas, chirurgien libertin, mène une vie volage grâce à laquelle il se sent libre (le croit-il). Cette vie est un choix ; une choix qui lui convient totalement. Néanmoins, une femme, Tereza, jeune rêveuse naïve et amoureuse, ébranle son quotidien. Les infidélités de Tomas blessent Tereza qui accuse en silence ce dernier de ne pas l'aimer assez tout en étant incapable de le quitter. Et pourtant, Tereza est "le point fixe" de Tomas.Le monde peut disparaître si elle seule demeure. A partir d'elle, il peut tout reconstruire. Tereza a une place à part dans son cœur ; il enchaîne les conquêtes tout en gardant Tereza auprès de lui. Sa souffrance est la sienne. Même Sabina, l'une de ses maîtresses et amies finit par s'envoler ailleurs et rencontrer Franz pour qui Sabina devient une idole.

 

Kundera questionne l'amour, le beau, l'être. Il nous fascine par la poésie de sa prose. Il nous touche et nous fait vibrer à l’unisson des cœurs de ses personnages.

 

Voici mes citations préférées :

 

"L'homme ne peut jamais savoir ce qu'il faut vouloir car il n'a qu'une vie et il ne peut ni la comparer à des vies antérieures ni la rectifier dans des vies ultérieures".

 

"Le roman n'est pas une confession de l'auteur, mais une exploration de ce qu'est la vie humaine dans le piège qu'est devenu le monde".

 

"La question est comme le couteau qui déchire la toile peinte du décor pour qu'on puisse voir ce qui se cache derrière".

 

"Si nous sommes incapables d'aimer, c'est peut-être parce que nous désirons être aimés, c'est-à-dire que nous voulons quelque chose de l'autre (l'amour), au lieu de venir à lui sans revendications et ne vouloir que sa simple présence".